Compte-rendu de la prise de parole de M. Olivier Rey

Penser la violence avec René Girard: de l’anthropologie au christianisme, et retour. 

Henry Atlolivier-reyan, l’un des détracteurs de René Girard, lui reproche de faire reposer l’un des piliers de sa pensée (à savoir la religion chrétienne), sur une autre de ses idées fondamentales : le concept anthropologique de victime émissaire, à la base de tout ordre social. Pour Atlan, en effet, ce premier élément n’est pas logiquement déductible du second et, si la dimension anthropologique de l’œuvre Girardienne est recevable, sa dimension théologique, le serait, en revanche, beaucoup moins.

Souhaitant répondre à cette objection, Olivier Rey a tâché de démontrer que loin de constituer un problème, le nouage entre ces 2 aspects de la pensée de Girard est capital et, pour se faire, il s’est tout particulièrement appuyé sur une lecture approfondie des Méditations Métaphysiques de Descartes.

Dans la première méditation, Descartes s’applique à rejeter méthodiquement toute vérité extérieure ; en découle un doute radical ne pouvant déboucher que sur une seule et unique certitude :

Cogito ergo sum.

De cette certitude première en découle une autre ; celle de l’existence de Dieu. Celle-ci est prouvée par Descartes de façon très rationnelle : en partant du principe qu’un effet ne peut pas être supérieur à sa cause, il en déduit que l’individu (être fini mais qui, pourtant, parvient à se représenter avec plus ou moins de facilité ce que peut être l’infini), ne peut guère être la cause de l’idée de l’être infini qu’est Dieu ; en effet, celle-ci ne peut donc être présente en nous que grâce à celui qui nous a causés.  Cette manière de penser les choses constitue un véritable antidote à ce que l’on appelle « l’hysterou-proteron » (littéralement « devant-derrière ») et qui correspond au renversement de l’ordre chronologique ou logique d’un fait. Cette erreur, le philosophe Husserl s’y est intéressé dans son ouvrage La Terre ne se meut pas (en référence à la célèbre phrase prêtée à Galilée lors de son procès). Il y explique en quoi le système de Copernic ne peut être et ne sera jamais une vérité absolue ; pour connaître le mouvement, il est nécessaire de comparer un objet en mouvement à un autre qui, lui, est immobile. Cet objet immobile, c’est le sol terrestre que les scientifiques utilisent comme référent absolu pour leurs expériences. Ainsi, la question « la Terre est-elle en mouvement ? » ne peut trouver de réponse qu’une fois la notion de mouvement élaborée or c’est sur l’immobilité de la Terre que notre perception du mouvement se base. De fait, il faut, ici, prêter garde à ne pas mettre à l’origine ce qui n’est qu’un point d’arrivé ou un chemin, soit ne pas considérer le mouvement comme un fait physique premier et absolu, mais bien comme la clé d’un système – parmi d’autres possibles – devant nous aider à comprendre le monde. Pour en revenir à Descartes et Girard, le point commun entre les théories des deux hommes et qu’elles tiennent comptent, en leur sein respectif, de leurs propres conditions de possibilités. Ainsi, dans la théorie Girardienne, le christianisme n’intervient pas comme une cause ou une conséquence de sa vision de la société, mais elle rend cette dernière possible et c’est bien ce qui en fait sa force : la pensée de Girard se tient d’elle-même ; elle trouve sa vérité et son fondement en elle-même plutôt que de le chercher à l’extérieure d’elle. Dépassant la théorie Durkheimienne, qui a démontré la transcendance du social sur l’individu, Girard tente d’expliquer la manière dont cette transcendance s’institue à travers les mécanismes de la victime émissaire. Pour y parvenir, Girard convoque le christianisme et s’applique à rappeler que c’est à lui que nous devons l’existence de la science moderne. A titre d’exemple, ce sont les principes moraux et religieux qui ont fait cesser la chasse aux sorcières à laquelle se livraient les hommes, puisque seul le christianisme a pu envisager que les sorciers soient innocents, ce qui amena à l’utilisation de tribunaux de l’Inquisition, où s’était ébauché un droit de l’accusé et une procédure rationnelle de recherche de la preuve et de l’aveu. La science, donc, n’est pas à séparer radicalement de la religion et est encore moins entravée par cette dernière (ce sont d’ailleurs au sein des sociétés chrétiennes que s’est formée la science moderne) ; elle est simplement invitée à reconnaître qu’elle dépend de la religion pour son développement.

Compte rendu par SIMON Manon,  Etudiante en khâgne