Quelques mots sur le concert

« L’année 1806 : René Girard, penseur du romantisme »

René Girard, comme  critique littéraire, anthropologue puis  philosophe, a toujours ancré son travail dans l’étude des plus grandes œuvres littéraires et musicales. Il a élaboré à travers cette  étude la notion de désir mimétique.

Il porte ainsi un éclairage original sur l’émergence du romantisme allemand à la fin du XVIIème siècle et au début du XIXème
siècle. Haine de la France pour avoir trahi l’idéal des Lumières, détestation mêlée de vénération pour Napoléon, remise en cause plus fondamentale du rationalisme de la Révolution française, sont autant de courants contradictoires qui constituent de soubassement à la fabuleuse histoire artistique du XIXème siècle allemand.
Ainsi, la première décennie du XIXème siècle constitue en Allemagne, à la manière d’une réplique du séisme de la révolution française, une période de rupture entre le classicisme allemand illustré par Goethe en littérature et Haydn en musique, avec le romantisme allemand  dont  Hölderlin en littérature et Beethoven en musique sont les dignes représentants.
Pour toutes ces raisons, l’année  1806  constitue  l’un de ces ébranlements majeurs qui modèlent le visage de la modernité.
En 1806, Napoléon culbute les armées prussiennes à Iéna.  Côté français, six mille morts, côté prussiens,  douze  mille  morts,  quatorze  mille  prisonniers.  De  cette  défaite,  va  naître  la  nation allemande, et cela en prenant la France comme modèle et de manière paradoxale pour se venger d’elle.
1806 :  Beethoven perd sa place auprès du Prince Lichnowski pour avoir refusé de jouer du piano devant  des  officiers  français.  En  cela,  il  se  fait  le chantre  le  plus  authentique  de  la  pensée  des Lumières françaises en écrivant au prince :  « Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Il n’y a qu’un Beethoven. »
Deux ans plus tôt, en apprenant la proclamation de l’empire français, il avait raturé la dédicace de sa troisième symphonie remplaçant  Buonaparte  par  Grande symphonie Héroïque pour célébrer le souvenir d’un grand homme, voyant en Bonaparte devenu Napoléon,  le renégat des idéaux de la Révolution française.
Quelque temps plus tard, à Iéna, Hegel voit Napoléon passer sous ses fenêtres et déclare : « J’ai vu l’Esprit du monde passé sur un cheval. »
Ce concert a pour but d’illustrer  et de  comprendre la pensée de René Girard  sur cette période  à travers de grandes œuvres de musique de chambre.

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